On apprend donc en lisant l’éditorial du journal Le Monde en date du 24 novembre 2005 « le rap à l’index » qu’en France, vaut mieux être chanteur de rap insultant et injuriant notre pays et son histoire qu’homme politique, représentant de la Nation et prêt à défendre son honneur. Ainsi, Le Monde critique l’initiative de François Grosdidier, député UMP de Moselle, soutenue par 153 députés et 40 sénateurs demandant au ministre de la justice, Pascal Clément, d'"envisager des poursuites" contre sept groupes de rap : 113, Smal, Ministère Amer, Lunatic et aux rappeurs Fabe, Salif et Monsieur R. Motif : ils propagent dans des cités la haine de la France et "le commerce du racisme". Le garde des sceaux a demandé au procureur général de Paris l'ouverture d'une enquête. Comment réagir autrement à la lecture de certaines paroles : "Quand j'vois la France, les jambes écartées j'l'encule sans huile. (...) J'rêve de loger dans la tête d'un flic une balle de G.L.OC.K.", profère le groupe Lunatic. "La France est une garce, n'oublie pas de la baiser jusqu'à l'épuiser", scande Monsieur R.
On apprend donc qu’un chanteur de rap qui tient des propos haineux sur notre pays, des paroles incitant à la haine raciale est tout juste « inacceptable ». Pas de condamnation. Ni même d’indignation. On apprend donc qu’il faut faire profil bas, courber l’échine. Il faut se laisser bafouer, humilier. Bref faire preuve de passivité. Au nom de la liberté à en croire Le Monde. C’est à peine si le journal ne nous invite pas à tendre l’autre joue. En tous cas, il ne faut surtout pas protester. Le Monde appelle ainsi l’initiative des parlementaires « prendre des libertés avec les libertés ».
Le Monde a besoin d’une piqûre de rappel. Ainsi, faut-il lui rappeler qu’une démocratie bien portante ne vit pas d’insultes et d’injures mais se nourrit de discussions et de débats ou chacun confrontent ses idées dans le respect mutuel.
On inverse aussi la charge de la culpabilité. Ce sont donc ces rappeurs agressifs qui sont dans leur droit et les représentants de la Nation dans le faux. Le journal condamne l’action de ces représentants mais comprend la haine des rappeurs. Où est la raison ? Où est le bon sens ? Où est la logique ? Nulle part. Attristant et affligeant.
Le journal Le Monde est donc complètement à côté de la plaque. La liberté de paroles n’est pas le droit d’insulter. Que l’on ne soit pas d’accord, que l’on exprime sa colère, que l’on conteste, c’est légitime. Et souvent utile. Mais insultez, proférer sa haine du pays c’est inadmissible. C’est oublier aussi qu’un destin se fait à deux. La société a certainement sa part de responsabilité dans l’échec et ses vies désoeuvrées des jeunes. Mais, ces derniers, sont tout aussi fautifs. Ce n’est pas en crachant son venin contre la société que l’on fait avancer sa propre vie. C’est au contraire en la prenant en main et en réfléchissant aux possibles.
Imaginez un instant que chanteur de rap, vivant ou que ce soit, vous injuriez de la même façon et avec la même haine, avec la même obscénité, avec la même insanité le pays ou vous vivez ou qui vous accueille. Selon vous, quelle serait sa réaction et celui de sa population ? Sa société vous ouvrirait-elle ses bras ? Pensez vous que votre réussiriez votre intégration ?
Autre exemple : imaginez que votre fille soit insultée, injuriée et qu’on remplace « France » dans ces chansons par le nom de votre fille, ce qui donnerait : "Quand j'vois votre fille, les jambes écartées j'l'encule sans huile » ou encore "Votre fille est une garce, n'oublie pas de la baiser jusqu'à l'épuiser". Comment réagiriez vous ? Conseillerez vous à votre fille traumatisée entrant à la maison de « tendre l’autre joue » ? De se taire ? De laisser faire ? Donc de se laisser humilier ? Certainement pas. Alors pourquoi se comporter différemment avec la France ? Le Monde écrit « il faut raison garder ». Le problème est que Le Monde, la raison, il l’a perdu. Donc avant d’appeler les autres à la garder, que le Monde se préoccupe de la retrouver, d’abord.