Un « mode opératoire » bien huilé de la part des syndicats. Ils se rendent à la première réunion uniquement pour se donner une image de démocrate, de responsable bien disposé. Mais c’est un leurre. Car avant même de se s’asseoir à la table, le but non-dit des syndicats est de mettre immédiatement sous pression le représentant de l’Etat. Autrement dit, témoigner avec éclat de son désaccord sur l’augmentation et de mettre la barre systématiquement haute pour obtenir satisfaction. Seule la forme, et si possible aussi spectaculaire que possible, les intéresse afin de s’assurer une résonance médiatique maximum et ainsi accroître la pression sur les autorités publiques. Fi du fond, autrement dit, la proposition du ministre. Une façon d’agir qui semble en passe à nouveau de réussir puisque le ministre de la Fonction publique, Christian Jacob, s’est dit prêt « éventuellement » à « aller plus loin » en matière d’augmentation des salaires. Cependant, le Ministre a posé des conditions. Histoire de ne pas perdre la face. Mais le mal est fait, le Ministre a fait un pas en arrière au lieu de se montrer ferme, camper solidement sur ses positions.
Une concession incompréhensible alors que le Ministre et son gouvernement sont en position de force au moment ou la nécessité d’un contrôle strict des dépenses publiques s’impose, désormais, comme une priorité nationale. A ce sujet, le Premier ministre, Dominique de Villepin, s’est engagé à stabiliser d’ici à cinq ans la dépense publique pour ramener la dette de 66 à 60% du PIB. Dans ce cas, comment compte-il s’y prendre en cédant à la première poussée de fièvre salariale du public ? Une dissonance troublante, et surtout agaçante, entre les discours et les actes.
En tous cas, un scénario épuisant. En observateur de cette pantomine frisant le ridicule, on éprouve un réel malaise, une grosse fatigue et une énorme lassitude. C’est à se demander quand nos responsables politiques changeront-il réellement leurs conduites, quand les acteurs sociaux feront preuve de maturité ? On aimerait tant que la France se modernise, soit éclate le liquide amniotique dans lequel elle gesticule, et se sorte de ces rituels anachroniques pour ajuster ses pendules en la matière à l’heure des nouvelles contraintes et nécessités de ce siècle naissant, un pré requis pour continuer à appartenir au club des pays les plus « riches » sur la scène internationale. A tous points de vue.