La nouvelle politique de l’immigration
La révolution de l’immigration choisie
En tout cas, Nicolas Sarkozy parle sans langue de bois et de façon franche de la question, il s’attaque frontalement aux principaux problèmes qui gangrenaient jusqu’à présent ce domaine d’action politique. Enfin ! Car il y avait urgence. La situation devenait inacceptable. Depuis la fameuse phrase de Michel Rocard prononcée en 1991, « on ne pas accueillir toute la misère du monde », il s’est passé beaucoup de temps. Trop de temps. Certes il est louable de vouloir recevoir des immigrés, en particulier les personnes en grande difficulté dans leur pays d’origine, mais c’est encore mieux d’être en mesure d’assumer son statut de pays d’accueil, autrement dit, d’offrir à ces mêmes personnes, une fois sur notre territoire, des conditions de vie décentes. Or, c’est de moins en moins le cas. Preuve en est ces derniers mois, ces scandales à répétition de familles logées dans des conditions indignes mais à très grand frais dans un pays qui revendique pourtant la paternité des droits de l’homme. Le pire est que l’Etat y participe indirectement en payant les loyers de ces hôtels misérables ! Pendant combien de temps encore de telles aberrations peuvent-elles subsister ? Autre motif de satisfaction : pour lutter contre l'immigration illégale, Nicolas Sarkozy s’est fixé pour objectif d'augmenter de 50% les reconduites à la frontière de clandestins pour la seule année 2005. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy a affirmé qu’il voulait « mettre un terme dès 2005 aux détournements de procédure, aux mariages blancs, à l'aide médicale d'Etat », il entend ainsi être « plus rigoureux sur l'appréciation des conditions de revenus, de logement, d'intégration préalables au regroupement familial ». Autant d’initiatives à saluer. C’est à se demander si nous sommes toujours en et si ces propos ont bien été tenus par un de ses ministres !
Compte tenu de la situation intérieure, la se devait de se doter d’une nouvelle politique de l’immigration. Notre pays doit, en effet, « choisir » son immigration et, surtout, lutter avec la plus grande efficacité contre l’immigration clandestine et illégale. Il faut faire preuve en la matière de fermeté. Fermeté pour dissuader celles et ceux qui seraient tentés de venir sur notre territoire. Et non pas « créer un appel d’air » comme l’avait justement commenté Dominique de Villepin à propos de la décision isolée du gouvernement espagnol socialiste de régulariser la situation de 700 000 immigrés clandestins. De nombreux abus ont également été commis ces dernières années. Et là aussi la situation recommandait la fermeté. Il ne s’agit pas, comme l’ont prétendu pendant trop longtemps les socialistes, d’une politique allant à l’encontre de la tradition humaniste de la mais de faire preuve de pragmatisme dans un contexte social tendu. Bien entendu, cette politique ne réussira qu’à la condition que la France prenne ses responsabilités sur le plan international, et à condition qu'elle respecte ses engagements dans le domaine de l’aide au développement économique et, son pendant, le progrès social. Car la misère et la pauvreté sont les mères nourricières de ces milliers de tentatives désespérées pour rejoindre chaque année, des terres qui sont la promesse d’une vie meilleure. Or, cette promesse, nos pays sont de moins en moins en mesure de la tenir à cause d’une mauvaise conjoncture économique et d’un climat social dégradé. Une telle politique implique deux actions : d’une part, de la pédagogie et de l’honnêteté de la part de nos dirigeants à l’égard de ces peuples. En d’autres termes, il faut leur faire clairement comprendre qu’ils n’auront rien à gagner en débarquant sur nos rives. C’est peut-être révoltant, d’un point de vue humain mais c’est la réalité du moment qui l’exige. D’autre part, il faut contrôler de manière très stricte, la bonne utilisation des aides au développement. Trop d’argent a été jusqu’à présent détourné de son but initial. Sans ce contrôle, il ne sert à rien de continuer à ouvrir largement les vannes de l’aide financière si cette dernière ne va pas à celles et ceux qui en ont besoin. Les pays occidentaux doivent avoir enfin le courage de sanctionner les dirigeants qui se rendent coupables de mauvaise gouvernance. Il faut en finir avec cette indulgence scandaleuse avec les dirigeants qui détournent l’aide à leur profit. Car c’est non seulement se rendre tacitement complice de ces régimes mais c’est en dernier ressort, contribuer à cet afflux massif d’immigrants. Un effet boomerang dont nous sommes les premiers coupables par notre irresponsabilité !
C’est un tournant dans la politique de l’immigration, voire une petite révolution qui se met en place sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy. Certes, tous les tabous n’ont pas été encore levés. Ainsi, le mot « quota » a été soigneusement évité. Est-ce dans le but de ne pas s’attirer les foudres des intellectuels et de la gauche bien pensante ? Pour ne pas heurter la tradition « humaniste » française ? Sans doute. Mais pourquoi l’éluder ? Cette prudence est toujours aussi surprenante... Ce qui est parfaitement admis en économie pour protéger nos entreprises, et qui est même encouragé puisque la mise en place de quotas est en passe de devenir une mesure phare des politiques commerciales, on se l’interdit sur le marché du travail. Difficile à saisir. Il est pourtant nécessaire de faire correspondre notre immigration à nos besoins économiques. Comme il est tout aussi nécessaire de mettre en rapport les formations de nos étudiants avec les besoins des entreprises. C’est une des solutions pour ramener le marché du travail proche du plein-emploi. Sinon à quoi bon prendre de telles mesures ?
Ainsi entendre le ministre de l’Intérieur affirmer que « nous devons attirer des travailleurs qualifiés, des créateurs d'entreprises, des chercheurs, des professeurs d'université, par un système de points à la canadienne », sonne comme une véritable rupture en la matière ! C’était impensable il y a encore à peine cinq ans. Il ne reste plus qu’à traduire ces excellentes intentions dans les actes. Il y a encore peu, de tels propos auraient déclenché une levée de boucliers, une mobilisation de masse dans les rues de la part du « peuple de gauche ». Or, aujourd’hui, c’est le silence. Les réactions sont timides. Pourquoi ? Parce que le climat social comme l’état d’esprit collectif, ont profondément changé dans le pays. Si la gauche avait moralement raison, elle a désormais politiquement tort sur ce sujet car elle n’est plus soutenue par la majorité des Français.